Tee-shirts à 0%
Tee-shirts à 0%

Si la multiplication des labels de protection de la planète équivalait à son reboisement, cela serait drôlement bien. Mais ce n’est pas le cas, hélas. Aujourd’hui, à la lumière d’un article trouvé dans FashionNews, je me pencherai sur ces phénomènes intrigants ; l’organisme qui contrôle les organismes de contrôle, et l’étiquette sur le produit qui devient elle-même un produit.

L’indice ECOLABEL, grand annuaire du bio, référence actuellement 460 labels écologiques répartis dans 25 secteurs d’activité différents, dont une centaine dans le domaine du textile. La fondation Changing Market, une ONG anglaise indépendante, publie, en ce joli mois de Mai 2018 un rapport un peu ronchon.

Cette étude démontre que la multiplication des labels, au lieu d’œuvrer pour la mise en place d’une consommation plus durable, lui ferait au contraire obstacle.

Le raisonnement est le suivant ; le label exonère le consommateur de sa responsabilité et lui donne la permission de consommer sans compter, du moment que ce sont des produits certifiés. Un peu comme au début des yaourts à 0%, lorsqu’on se disait qu’on pouvait en manger trois au lieu d’un, et ne pas grossir. Certains le pensent encore !

L’organisation Changing Market nous sort de notre douce rêverie bio, en nous expliquant qu’aucun de ces labels n’arrive vraiment à avoir une vision globale du cycle de production d’un textile : l’un se focalisera sur le coton et ses pesticides, mais sans s’occuper des apprêts chimiques utilisés, l’autre sur la viscose mais uniquement dans la récolte du bois, et non dans sa transformation en fibre. Ne nous méprenons pas : ce que font ces labels est très important et va dans le bon sens. Tous visent des objectifs de globalité et de transparence, à plus ou moins long terme.

Cependant, les marques en demande de respectabilité choisissent le label qu’elles peuvent se permettre d’avoir, sans modifier leur comportement, et l’utilisent ensuite comme écran protecteur, ou même, comme argument de vente.

Changing Market appelle cela du « label shopping ». La certification elle-même devient un produit très demandé, sujet aux pressions d’un marché en expansion permanente, et tend à mettre la barre plus bas pour obtenir plus de clients.

Le textile est le deuxième plus grand pollueur d’eau de la planète, l’enjeu est donc de taille !

En tant que consommateur, la voie de la sagesse sera donc de ne pas se réfugier derrière la certification, mais d’essayer de consommer mieux, c’est-à-dire moins.

Un joli tee-shirt, toujours aussi beau après avoir été lavé dix fois, vaut mieux que trois de moins bonne qualité, même si estampillés « organic », mais qui, à la fin de la saison, seront trop moches pour être passés au petit frère, au cousin ou revendu à la braderie.

Leave a Reply